On a lu pour vous

Tuerie de Sousse : Pourquoi les Tunisiens ne croient pas leurs propres médias

Sousse 2

Les Tunisiens se tournent de plus en plus vers les médias étrangers pour y trouver ce que leurs journaux ne parviennent pas à leur donner. C'est le sujet d'un article publié par The Week. Chaque semaine, 360 vous proposera les articles marquants sur la Tunisie parus à l'étranger.

Depuis le massacre de touristes étrangers sur la plage d’un hôtel de Sousse vendredi dernier, les médias tunisiens proposent une profusion de reportages sur l’attaque et sur ses répercussions. Mais une grande part de ce contenu est tout bonnement ignorée par un public tunisien méfiant à l’égard des informations officielles.

Après la période initiale de confusion qui a immédiatement suivi l’attaque, les médias du pays se sont concentrés prioritairement sur l’identification des corps des victimes et les conditions de leur rapatriement.

Les arrestations qui s’ensuivirent ont également retenu l’attention des médias, de même que les théories sur l’implication de réseaux terroristes et la probabilité d’autres attaques.

Mais le tollé général soulevé par l’incapacité des autorités à mettre fin à deux attaques sanglantes aussi rapprochées a été quasiment complètement occulté par les différents médias, connus pour leurs accointances avec le monde politique. En effet, la plupart des médias tunisiens sont soit la propriété d’entreprises directement liées à l’ancien régime autocratique, soit reçoit soutien et financements de leur part.

L’un des rares rapports crédibles sur le paysage médiatique tunisien, réalisé par Carnegie Endowment en 2012, établit que « les médias tunisiens sont encore en proie à la manipulation, à l’intimidation et au parti pris ». Un rapport récent (en arabe) de la HAICA – l’organe de régulation des médias en Tunisie – souligne des violations d’ordre éthique et professionnel tout le long de la couverture de l’attaque de Sousse. La HAICA mentionne notamment un traitement de l’information « immodéré » et « irrationnel », ainsi qu’un « discours de haine » des journalistes. L’instance appelle les diffuseurs à adopter une approche plus professionnelle dans la couverture d’actes terroristes.

Au lieu d’analyser les défaillances des dispositifs de sécurité dans les complexes touristiques éloignés de la capitale, les médias ont plutôt focalisé leur attention sur les liens, difficiles à démontrer, entre le tueur Seïfeddine Rezgui et la frange dure des groupes islamistes.

Des questions persistent sur ​​la façon dont le tireur a pu passer 35 minutes dans une fusillade sans aucune intervention policière, alors que le poste de police de Hammam-Sousse est à seulement dix minutes de la scène de crime.

Comme à l'époque de l'ancien dirigeant Zine El Abidine Ben Ali, évincé lors du printemps arabe en 2011, les Tunisiens se tournent nouvelle fois vers la presse étrangère et les médias sociaux pour y découvrir ce que leurs propres journaux, radios et télévisions ne peuvent leur offrir.

Retrouvez l'intégralité de l'article (en anglais) sur le site de The Week.

 

Publicités

commentaire(s)