Arrêt sur image

Traitement médiatique de l’attentat de Tunis : le bulletin de notes

Nessma

Pour traiter l'attentat contre la garde présidentielle, les télévisions ont-elles retenu leurs erreurs du Bardo et de Sousse ? Nous avons posé la question à Kerim Bouzouita, docteur en anthropologie et spécialiste des médias qu'il décortique chaque semaine sur l'antenne de RTCI. Celui-ci rappelle que « l'objectif du terrorisme n'est pas tuer mais de terroriser. » Et pour cela, les images ont leur importance. « Les terroristes comptent beaucoup sur les médias et surtout les télévisions. Les journalistes doivent faire attention de ne pas tomber dans le piège de l’info-spectacle. L'information, avant d’être diffusée, doit être confirmée, traitée sans passion, sans accusations, sans hypothèses », rappelle Kerim Bouzouita, qui distribue ici les bons et les mauvais points.

Réactivité : du bon et du moins bon

Sur la couverture à chaud de l'attentat, les télévisions ont été plus professionnelles qu’à l’accoutumée. Alors que la chaîne privée Nessma a son siège situé à Radès, ses reporters ont pu couvrir l'évènement en temps réel. « Paradoxalement, la télévision nationale qui a beaucoup plus de moyens et dont le siège se situe à cinq minutes des lieux de l'attentant, est arrivée beaucoup plus tard », explique Kerim Bouzouita.

Live : en progrès, mais…

Après le départ des dirigeants de Watania 1 et 2 suite à la diffusion de la tête du berger décapité qui avait eu pour conséquence le licenciement du PDG de l'ERTT, les chaînes ont agi avec plus de précautions. « On a observé une petite progression dans le traitement du live, dans les heures qui ont suivi l’attentat, remarque le docteur en anthropologie. L’important, c’est que l'on n'a pas vu de cadavres et de sang partout. » Professionnalisme retrouvé ? Pas sûr. « Je ne sais pas s’il s’agit d’une prise de conscience ou d’un reflexe déontologique, ou si c’est parce que la police n'a pas laissé les journalistes s'approcher », s’interroge Kerim Bouzouita.

Choix des témoins : copie à revoir

Après l’attentat, « Ness Nessma » nous a emmenés cité Jomhouria à Mnihla, là où le terroriste présumé vivait. « On a eu tendance à prendre des témoins comme s’ils étaient des experts », résume Bouzouita. En effet, les voisins ont dressé un portrait presque élogieux de l’assaillant. « Leurs témoignages ont presque dédouané le terroriste de toute responsabilité, pointant la responsabilité de l'Etat et des gens qui l'auraient manipulé », résume l’expert qui rappelle : « C’était prévisible, les voisins sont dans le déni parce qu'ils connaissaient le terroriste présumé et sa famille depuis plusieurs années. » Faire intervenir l’entourage du terroriste aurait cependant eu du poids si des experts avaient été invités à répondre aux témoignages – des psychologues par exemple –. « Dans ces cas-là, il faut faire très attention et équilibrer les témoignages », conclut Kerim Bouzouita.

Choix des invités : insuffisant 

Kerim Bouzouita dénonce la mise en place de « plateaux unilatéraux. » En résumé, les chaînes de télévision ont offert leur temps d'antenne aux seuls représentants des syndicats sécuritaires, « sans contrepoids et face à des animateurs complaisants », résume le docteur en anthropologie. Les discours ont été dirigés dans un seul sens : « C’était une attaque en règle contre tous les piliers de la démocratie – la société civile, les journalistes et les magistrats – et à aucun moment on n’a parlé des défaillances du ministère de l'Intérieur, qui est pourtant le responsable numéro 1 de la sécurité des Tunisiens. »

Revoir les images de la semaine, avec le Zap'360.

© Illustration : capture Nessma/Al Huffington Post.

Publicités

commentaire(s)

Les commentaires sont fermés.