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Chaque semaine, le journaliste Thameur Mekki allume la télé

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Electron libre de la presse tunisienne, le journaliste Thameur Mekki allume chaque semaine les émissions de télévision. Sans langue de bois et avec un œil aiguisé, il n’épargne personne.

« Je râle tout le temps, ça devient énervant ! » Lorsqu’il regarde la télévision, Thameur Mekki est en ébulliton, prêt à exploser façon cocotte-minute. Si bien qu’il s’est aujourd’hui résolu à ne plus décortiquer les programmes qu’en replay. « La télévision, ça procure une grande charge émotionnelle… Je préfère me mettre sur YouTube, pouvoir faire des pauses, prendre des notes », résume le journaliste pour décrire son travail qui est d’ailleurs plutôt, estime-t-il, un « devoir de vigilance citoyenne. » C’est pour ça que c'est sur Nawaat, un site qui œuvre pour « la démocratie, la transparence, la bonne gouvernance, la Justice, les libertés et les droits fondamentaux », qu’il a choisi de parler de télé. Chaque semaine, il prend sa plume et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne se fait pas que des amis.

« Montrer la perversité de la propagande »

A propos d’Elhiwar Ettounsi et de l’émission de Samir El Wefi, par exemple, il décrit « un face-à-face entre de faux représentants de la révolution et les nostalgiques de la dictature. Le populisme des uns a ouvert la porte à la rhétorique révisionniste des autres. Et l’animateur a bien choisi son camp. » Vlan. Mais loin de Thameur Mekki l’idée de taper simplement pour faire mal : « Cette émission ne me plaît pas, admet-il, mais elle incarne une tendance, celle du "rebranding" de personnalités de l’ancien régime. Elle est une passerelle, un tremplin. » En résumé, le journaliste insiste pour dire qu’il « ne traite pas d’une émission pour l'émission en elle-même, mais d’un phénomène. »

Depuis les débuts de sa chronique en février dernier, Thameur Mekki veut « montrer la perversité de la propagande. » C’est sa conviction intime : « Depuis 2011, la machine médiatique s’est emballée avec la récupération des médias par des figures politiques. » Ce rapprochement entre le monde des affaires, les télévisions et les politiques, Thameur le craint. Et c’est aussi pour cela qu’il n’est pas tendre avec les chaînes. Notamment avec Nessma, qu’il accuse d’être « dans l’action politique, dans la propagande. » Et depuis le consensus politique entre Nidaa Tounès et Ennahdha, il estime qu’il existe « une menace pour le pluralisme dans le monde de la télé. »

Les programmes télé, un indicateur politique

Alors, Thameur Mekki compte rester vigilant devant son écran. « Les émissions polémiques sont un bon indicateur pour savoir où va la politique, pour connaître les rapports de force dans le pays. Elles sont utiles pour comprendre ce qui se trame », résume le chroniqueur, qui est conscient d’être l’un des rares à faire ce travail de décryptage : « Les lecteurs sont au rendez-vous et il y a, avec eux, une vraie interaction », se réjouit-il, espérant faire des émules, des citoyens qui prendraient le relai pour critiquer la télé, mais aussi la presse ou la radio. « Avoir un œil critique est important », martèle-t-il en reprenant, pour résumer son travail, le slogan de Nawaat : « Don't hate the media, be the media » – « Ne détestez pas les médias, soyez les médias » –.

© Photo : 360.tn 

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Frédéric Geldhof

Directeur de la rédaction

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