Out of control

Les mosquées «hors de contrôle» en 5 questions

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Depuis le 14 janvier 2011, c’est LA question qui fâche… Drapeaux salafistes, prêches prônant le jihad et bâtiments sortant de terre sans permis de construire : les mosquées sont, en partie, devenues incontrôlables pour l’Etat. Mais au fait, c’est quoi une mosquée « hors de contrôle » ? Et comment régler ce problème ? Nous avons posé ces questions à Selim Bechikh, cadre au ministère des Affaires religieuse. Un ministère qui a, sous sa tutelle, 5 245 mosquées, réparties sur tout le territoire tunisien.

1. Que signifie « hors de contrôle », lorsque l’on parle de ces mosquées ?

Selon le ministère des Affaires religieuses, il existe deux types de mosquées « hors de contrôle », c’est-à-dire hors-la-loi : d’un côté, les mosquées construites après le 14 janvier 2011, dont la plupart, de l’aveu de Selim Bechikh, « n’obéissent pas à la loi. » Pour quelles raisons ? Elles ont été érigées soit sur des terrains public non-désignés pour la construction d’édifices religieux, soit sur des terrains privés. « Qu’un citoyen accepte de construire une mosquée sur son propre terrain sans permis est illégal, rappelle Selim Bechikh. Ces constructions doivent obéir aux normes du ministère », notamment sur la question de la répartition des mosquées dans les zones rurales et urbaines. D’un autre côté, on trouve des mosquées qui ont été construites avant le 14 janvier 2011, mais « dont les imams ont été remplacés par des intégristes qui défient la loi », explique-t-on au ministère des Affaires religieuses.

2. Combien de mosquées sont hors-la-loi ?

Difficile à dire, tant ce chiffre semble invérifiable. Mais, d’après le ministère des Affaires religieuses, les mosquées hors-la-loi seraient 226 : 186 d’entre elles ont été « construites sans permis et n’obéissent donc pas aux normes », selon Selim Bechikh, qui ajoute que, pour 40 des mosquées construites avant la révolution, « les imams se sont désignés tout seuls alors qu’ils ne devraient pas occuper ce poste. » 

3. Des imams « illégaux », comment est-ce possible ?

Au ministère des Affaires religieuses, on explique le souci sans prendre de pincettes : « Le problème de ces gens-là, c’est que ce sont des intégristes et qu’ils incitent à la haine et à la violence à chaque fois qu’ils prêchent à la mosquée. » Ces imams « illégaux » auraient tout simplement, d’après Selim Bechikh, « limogé les anciens imams, alors qu’ils n’avaient pas ce pouvoir-là. » Les imams « officiels » ont donc laissé la place à des imams totalement en roue libre.  

4. Comment le gouvernement y remédie et quelles sanctions ?

Du côté des Affaires religieuses, on est confiant… Le ministère a fixé une date butoir pour que les mosquées hors-la-loi régularisent leur situation. Le 6 novembre 2015, prévient Selim Bechikh, toutes devront être en conformité avec les règles fixées par l’Etat. L’administration prévient qu’une commission a été créée, elle « étudiera tous les dossiers de tous les imams et de toutes les mosquées » d’ici au mois de novembre. Une commission interministérielle, puisque, comme le confesse Selim Bechikh, « ce sujet concerne aussi les ministère de la Justice, de l’Intérieur et des Domaines de l’Etat. » Pour le moment, aucune sanction ne peut être prévue, le ministère des Affaires religieuses n’ayant que la possibilité de « préparer les dossiers et de les mettre à la justice en cas de contradiction avec la loi. »

5. Comment éviter, à l’avenir, des problèmes similaires ?

A l’origine de ce problème de mosquées hors de contrôle, c’est que « seuls 5 % des imams se sont spécialisés dans le domaine », indique Selim Bechikh. Autrement dit, seul 1 imam sur 20 est « professionnel. » Le ministère des Affaires religieuses affirme avoir « entamé des formations pour les Imams et les prédicateurs. L’objectif est que les imams servent la religion et la société. » N’y a-t-il pas un risque de voir l’Etat s’immiscer dans les mosquées ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, le ministère des Affaires religieuses assure n’appartenir « à aucun parti politique. » 

© Photo, Wikimedia Commons.

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