Lost in transition

Où sont donc passées les élections municipales, qui devaient se dérouler en mai?

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Si 2014 était prévue pour être une année riche en scrutins — avec deux tours pour la présidentielle et un tour pour les élections législatives —, 2015 ne devait pas rester en reste : il était annoncé que les municipales auraient lieu au milieu de l’année. Pourtant, aujourd’hui, c’est silence radio concernant un éventuel scrutin pour élire les maires. Quand aura-t-il lieu ? Nous avons posé la question à des spécialistes.

« Pour le moment, on ne peut rien faire. » Dans les bureaux de l'instance supérieure indépendante pour les élections, lorsque l'on évoque les municipales, on rejette la faute sur les députés. « Nous n’avons pas encore pu commencer à travailler sur ce scrutin », avoue Lassad Ben Ahmed, chargé des médias à l’ISIE. Pour lui, « les lois relatives à ces élections ne sont pas prêtes. Il faut encore se mettre d’accord sur plusieurs points, notamment sur le mode de scrutin. C’est le rôle de l’Assemblée de fixer les lois. » Dans les couloirs de l’ARP, on ne semble pas plus pressé que cela à l’idée d’organiser les élections municipales. « Les Tunisiens ont déjà trop voté ces derniers mois », affirme un homme politique sous couvert d’anonymat, entre sérieux et ironie. Pourtant, les municipales représentent un véritable enjeu : selon l’article 132 du chapitre 7 de la Constitution relatif au pouvoir local, « les collectivités locales jouissent de la personnalité juridique et de l’autonomie financière et administrative. Elles gèrent les affaires locales conformément au principe de la libre administration. »

Des élections probablement prévues pour 2017

En attendant qu’une décision soit prise, les maires des 264 municipalités tunisiennes restent en place un peu plus longtemps que prévu. Voire beaucoup plus longtemps. Car si rien ne presse, c’est que personne ne semble prêt à se lancer dans un nouveau scrutin, dont l’organisation s’annonce complexe. « On demande à l’ISIE que les élections ne soient pas bâclées », assure Moez Bouraoui, président de l'Association tunisienne pour l'intégrité et la démocratie des élections. Le dirigeant de l’ATIDE explique que « la méthode avec laquelle nous avons travaillé lors des législatives et de la présidentielle ne sont plus valables pour les municipales. » Surtout, Moez Bouraoui estime que, « comme dans toute démocratie, les municipales doivent avoir lieu à mi-chemin du mandat du président. » On peut donc imaginer que le scrutin pour les élections locales n’aura pas lieu avant… 2017 !

D’abord faire le bilan des élections qui viennent de se dérouler

C’est également l’avis d’Amira Yahyaoui, la fondatrice d’Al Bawsala. La jeune femme a lancé Marsad Baladia, qui permettra à chaque citoyen d’observer « l'activité des municipalités sur la base du principe de transparence et en consécration du droit d'accès à l'information. » En mai, Al Bawsala lancera une application qui permettra à chaque Tunisien de connaître, en la téléchargeant sur son smartphone, les travaux des conseils municipaux et de se faire une idée en vue des municipales. Des élections loin d’être une priorité pour les autres ONG. Achref Aouadi, président et fondateur d’I Watch, avoue « en toute sincérité » qu’il est « beaucoup trop tôt pour parler de ce scrutin. » La raison ? « On est encore en train de préparer le rapport final des élections précédentes », affirme Achref Aouadi, qui ne donnera qu’après avoir terminé ce bilan ses « remarques » à l’ARP et à l’ISIE. 

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