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Jihadistes tunisiens : entre fantasmes et réalité

jihad

Alors que deux terroristes ont été arrêtés à Borjine, nous avons fait le point avec David Thomson, sur la Tunisie et le jihad. Journaliste pour RFI et auteur du livre Les Français jihadistes (éditions Les Arènes), il a été le premier journaliste à enquêter sur ce phénomène en Tunisie.

La Tunisie est le plus gros fournisseur de jihadistes

VRAI

Selon un rapport du Département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis, la Tunisie est le pays qui fournit le plus de combattants étrangers. Ils seraient 5 000. Des chiffres corroborés par l’Organisation des Nations Unies, voire revus à la hausse. L’ONU fait état de la présence de 4 000 Tunisiens en Syrie, de 1 000 à 1 500 en Libye et de Tunisiens combattant en Irak, au Mali et au Yémen qui seraient respectivement 200, 60 et 50. « La Tunisie est aujourd'hui le premier exportateur de jihadistes au monde, que ce soit en nombre ou en proportion de sa population », explique David Thomson.

Le jihadisme en Tunisie est une invention des journalistes

FAUX

Pour David Thomson, le jihadisme est un phenomène qui date. Mais, « de 2012 à 2014 les ampleurs ont explosé et l'opinion tunisienne a été maintenue dans le déni. » En effet, précise le journaliste, « les dirigeants tunisiens sont, à cette époque, persuadés qu'il s'agit d'un épiphénomène ou refusent d'admettre les faits. » Pourtant, les chiffres sont là : plus de 5 000 Tunisiens combattent au jihad. Surtout, rappelle David Thomson, « le jihadisme est une réalité. Avec deux assassinats politiques en 2013, une insurrection armée d'Al Qaeda qui, depuis 2012, a fait plus d'une centaine de morts parmi les forces de sécurité et des cellules dormantes de l'Etat islamique qui ont tué au Bardo et à Sousse cette année. » Aujourd'hui, nier l'ampleur de ce phénomène est tout simplement impossible.

Les Tunisiens partent en Syrie pour l’argent

FAUX

« De tous les témoignages que j’ai recueillis, l’argument pécuniaire n’a jamais été avancé. » David Thomson en est certain : les combattants tunisiens partent faire le jihad car il s’agit d’une « quête de sens religieuse. » D’ailleurs, « les jeunes qui partent en Syrie, en Irak ou en Libye revendent généralement tous leurs bien pour financer le voyage », ajoute le journaliste. Les salaires sont, contrairement à ce que l’on peut lire ici et là, modestes : « 100 dollars par combattant, auxquels s’ajoutent 50 dollars par femme, par enfant ou par esclave », conclut David Thomson qui rappelle que des ingénieurs, des médecins ou même un sportif de haut niveau, tous Tunisiens, rejoignent également les rangs de l’EI.

Les candidats au retour sont plusieurs centaines

VRAI

Selon les derniers chiffres de l'Organisation des Nations unies, ils seraient 625 Tunisiens à être rentrés au pays. Une source proche des autorités indique que la moitié d'entre eux environ séjourneraient en prison, l'autre moitié sous contrôle judiciaire. D'autres retours sont également à prévoir : « L'Etat islamique empêche les combattants de rentrer, mais beaucoup fuient sans leurs papiers d'identité et sont obligés de passer par les consulats », affirme David Thomson, qui précise qu'il faut également compter les postulants au départ au jihad, qui sont aujourd'hui « en prison sans être partis. » Mais le ministère de l'Intérieur ne communique pas de chiffres sur ce sujet.

On ne peut pas savoir combien de Tunisiens sont morts au jihad

FAUX

Lorsqu'un combattant meurt au jihad, en général, l'Etat islamique l'annonce publiquement ou met au courant sa famille. Cependant, aucune annonce officielle sur le nombre de morts n'a été faite par les autorités tunisiennes. Problème de communication ou réel problème de comptabilisation ? Pour David Thomson, « même s'ils ne sont pas performants, les services de renseignements tunisiens doivent avoir une estimation qui selon moi, pourrait dépasser les 500 Tunisiens tués rien qu'en Syrie et en Irak. » « Impossible de savoir si les autorités sont au courant, mais ce qui est certain, c'est qu'il y a une très mauvaise communication de la part du ministère de l'Intérieur », résume le spécialiste.

Rien n’est fait pour empêcher les départs au jihad

VRAI

Aujourd'hui, les raisons qui poussent les jeunes à quitter leur pays pour combattre sont nombreuses : de l'exclusion à la pauvreté, en passant par la quête de sens religieuse, les facteurs ne peuvent être clairement identifiés. « Il y a une inconséquence totale de la part des autorités tunisiennes à ce sujet », se désole le journaliste de RFI, qui s'étonne que « la diplomatie tunisienne donne des leçons à la Turquie alors qu'il n'y a pas le début d'une réflexion sur le sujet. » Etonnant lorsqu'on sait que la Tunisie est le premier pourvoyeur de jihadistes.

© Illustration : Wiki Commons.

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Frédéric Geldhof

Directeur de la rédaction

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