Tonton flingueur

Haythem El Mekki, mais pourquoi est-il si méchant ?

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Dans sa chronique quotidienne, il tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Personne n'est épargné, des chauffeurs de taxis, en passant par les partisans d'Ennahdha, des membres de Nidaa Tounès jusqu'à ceux du Front populaire. Haythem El Mekki n'est jamais complaisant, toujours mordant. Ce qui lui donne parfois du fil à retordre…

13h30 au siège de Mosaïque FM. Haythem El Mekki nous a donné rendez-vous pour une interview, mais il n'est pas là. Le chroniqueur est assis à une terrasse de café, à quelques centaines de mètres de là. Attablé avec trois personnes en costume, la réunion semble tendue, avant de se terminer de façon plus calme. Haythem El Mekki est en réalité en train de discuter avec des habitants d’El Fouar, après l'une de ses chroniques qui avait suscité une vive polémique dans la région. Il assure, comme il aime à le dire, « le service après-vente » de sa chronique sur Mosaïque FM, dans l'émission Midi Show, qui buzze à chaque diffusion. 

Les yeux cernés par la fatigue, Haythem El Mekki nous propose de nous rendre chez lui, comme s'il avait envie, le temps de quelques instants, de retrouver l'anonymat. Sur la route, il nous raconte qu'il a promis aux membres de la société civile d’El Fouar de les revoir très prochainement pour répondre à leurs questions face à l'objectif d'une caméra. Il s'étonne aussi que certaines de ses chroniques soient aussi mal perçues, souvent approximativement reprises dans les médias. En passant à quelques encablures du QG d'Ennahdha, il explique que ceux qui estiment qu'il était plus drôle de « taper » sur le pouvoir lorsque ce dernier était détenu par Ennahdha ont tort : pour lui, on ne badine pas avec l'incompétence. Et c'est certainement pour ça qu'il est si virulent dans ses chroniques. Qu'importe le parti au pouvoir.

Une impartialité qui lui vaut aujourd'hui la reconnaissance… des Nahdhaouis !

Car le chroniqueur le plus « méchant » de la bande FM n'est d'aucun parti. Même si, avoue-t-il, chaque auditeur tente de le ranger dans une case… « Les pro-Nidaa croient que je suis pro-Ennahdha. Les pro-Ennahdha croient que je suis pour Nidaa ou pour le Front populaire », raconte amusé Haythem El Mekki qui trouve, dans toute cette agitation, un point positif : « Il y a finalement quelque chose de très rassurant : personne n’ose penser que je vote pour le CPR », assure-t-il avec un regard malicieux. Lorsque l'on s'étonne de la coïncidence de travailler à Montplaisir, à quelques pas du siège de ses « meilleurs ennemis », Haythem El Mekki explique que, depuis les dernières élections, ses relations avec les islamistes se sont presque apaisées… Certains Nahdhaouis lui font en effet part de leur changement de perception à son sujet : « Ils me disent maintenant qu'ils apprécient mon professionnalisme et mon objectivité. Ils me disent : "On croyait que tu n'étais méchant qu'avec nous. Mais après ce que tu as pu dire sur le gouvernement Essid, on comprends maintenant qui tu es". » Un avis partagé par la plupart des Nahdhaouis, selon Haythem El Mekki.

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Toujours critique, jamais diffamant, il aime à écrire loin de toute idéologie

Car s'il est parfois sévère avec les politiques, le chroniqueur de Midi Show estime être toujours correct. La preuve, aime-t-il à rappeler, il n'a « jamais été condamné pour diffamation. » Il ne suffit pas de déverser son venin pour égratigner, comme il le fait, le pouvoir… « Je prépare bien mes textes, je soigne mes mots pour ne pas tomber dans le piège de la facilité », explique Haythem El Makki, qui veut montrer qu'il y a un fossé entre la critique et la diffamation. Et sa critique vise, selon lui, trois objectifs : l'intérêt national et du citoyen, décrypter l’actualité politique via le prisme des médias et dévoiler les dessous de la communication officielle. Et le tout, sans idéologie. « Avoir une idéologie, c’est comme installer un CRM dans le cerveau », dit-il. Autrement dit, il s'agirait de travailler au service de ses clients. Or, à y regarder de plus près, Haythem El Mekki ne fait pas dans le clientélisme. Et c'est ce qui lui vaut parfois des inimitiés… 

Comme lorsqu'il a employé le terme de « hayawanisme » — un néologisme inventé par lui-même —. Ce qu'on pourrait traduire par « l'animalisme » lui a valu de nombreux messages d'insultes, lorsqu'il a affirmé que « tabasser des journalistes et le chauffeur qui les accompagnait ne peut être considéré que comme du "Hayawanisme" pur et dur. » Savait-il qu'il allait buzzer en évoquant ce sujet ? Pas vraiment. « J'ai beaucoup d'estime pour la grande école du buzz, ironise-t-il, mais je suis désolé, je n'en fais pas partie. » Non, Haythem El Mekki dénonce simplement des situations qui le choquent, sans jamais lâcher de jugement gratuit. « Il faut le comprendre, je ne parle jamais des personnes, je parle seulement des actes », assure-t-il. Un argument qui a convaincu les membres de la société civile d’El Fouar, qu'il a quittés avec une petite accolade, comme s'il venait de se réconcilier avec de vieux amis. Le chroniqueur flingueur n'est finalement pas si méchant…

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