Muet-zzin

Pour fermer la mosquée Sidi Lakhmi, l’Etat s’est basé sur la loi et… le Coran

A young Bahraini Shiite Muslim girl reads the Koran, Islam's holy book, during the holy fasting month of Ramadan at a mosque in the village of Sanabis, west of Manama, on July 27, 2013. AFP PHOTO/MOHAMMED AL-SHAIKH

Dans un communiqué rendu public ce lundi 9 novembre, le ministère des Affaires religieuses a annoncé que les prêches du vendredi étaient interdits à la mosquée Sidi Lakhmi à Sfax. Et ce, après une interruption du prêche depuis quatre semaines. Abdelhamid Ben Romdhane, chargé de mission au sein du ministère des Affaires religieuses fait le point sur la situation. Pour lui, il s’agit là d’une « décision temporaire », il promet que, dès que la tension sera descendue d'un cran, l'appel à la prière du vendredi retentira à nouveau du minaret de Sfax.

La loi et le Coran confortent cette décision

Pour Abdelhamid Ben Romdhane, cette décision a été prise après avoir constaté que le prêche du vendredi était devenu, pour certains, « une occasion pour semer le trouble dans la mosquée. » Le chargé de mission explique que « les fidèles de Ridha Jaouadi, l'Imam limogé par le ministère, sont à l'origine de ces troubles. » Le bras de fer avec les fidèles de Sidi Lakhmi a donc commencé. Mais Abdelhamid Ben Romdhane ne veut pas céder : « Que pensez-vous des gens qui refusent de faire la prière avec un autre Imam que Ridha Jaouadi ? », questionne-t-il, comme pour se justifier.

Pour en arriver à cette décision radicale, le ministère des Affaires religieuses indique s'être « basé sur des textes juridiques et religieux », explique le chargé de mission, qui ajoute que les responsables du ministère se sont principalement basés sur deux versets du Coran pour rendre leur verdict :

« Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l'invocation d'Allah et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez ! » (sourate 62, verset 9)

« Les mosquées sont consacrées à Allah : n'invoquez donc personne avec Allah » (sourate 72, verset 18)

Un imam « modéré » qui prône… le jihad !

Pour le cadre du ministère, Ridha Jaouadi a profité de ses fonctions religieuses « pour exercer des activités syndicalistes. » Pendant le mois d’août, illustre-t-il, l’imam « a organisé une soirée pour parler du rôle de l'imam modéré pendant laquelle, paradoxalement, il a commencé son discours en retournant les gens contre le ministère des Affaires religieuses. » Un ministère qui reproche également à Ridha Jaouadi d'avoir ouvert un compte courant dans un établissement bancaire pour « réunir des fonds sans l'accord du ministère. » « Il a même vendu des biens de la mosquée et a recruté des gens pour y travailler en les payant grâce aux récoltes de dons », ajoute Abdelhamid Ben Romdhane.

Ce qu’Abdelhamid Ben Romdhane reproche à Ridha Jaouadi, c’est également son discours. Si l’imam se dit « modéré », c’est parce que « nous n’avons pas la même définition du mot "modéré" », ironise le cadre du ministère des Affaires religieuses, qui estime que, « pour Ridha Jaouadi, un imam modéré est celui qui incite les gens à aller faire le jihad en Syrie. » Abdelhamid Ben Romdhane va plus loin : il admet que certains imam prônant le jihad « obligent les fidèles à demander l’accord de l’Etat ou de leurs parents pour partir en Syrie. » « Mais nous refusons catégoriquement l'idée du jihad en Syrie », se défend-il.

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