Winou el café ?

En Tunisie, plus de chances de tomber sur du pétrole que sur un café ouvert !

winou el café

Jeudi 25 juin, 14 heures ou presque. Nous avons rangé nos petites habitudes de nous retrouver autour d'un café pour parler de l'actu. Mais cela n'a pas découragé notre journaliste, parti à la recherche d'un lieu ouvert. Conclusion : au 8e jour du ramadan, il semble plus facile de trouver un gisement de pétrole qu’un café ouvert en Tunisie.

Le mois de ramadan est synonyme de congés pour les cafetiers et restaurateurs. Si l’on met de côté quelques établissements dédiés en majorité aux expatriés (Au bon vieux temps, Plaza…) et les hôtels all inclusive des zones touristiques, difficile de s’asseoir ailleurs qu’à son domicile pour siroter une tasse de Bondin, voire un verre de Safia. Certes, l’époque ramadanesque donne des allures de prohibition à quelques endroits situés au cœur de Tunis. Les devantures vitrées sont tapissées de journaux usagés afin de faire écran entre les jeûneurs et les non-jeûneurs. Dans une ambiance noircie par des milliers de bouffées de Merit, une assemblée masculine sirote un direct en attendant le soir. Dans le sud, à Gabès où Gafsa, une sorte de couvre-feu s’est abattue sur tous les estaminets.

Après la Troïka, Nidaa Tounès…

Les élections législatives puis présidentielles eurent lieues sur fonds de lutte entre « archaïques » et « modernes », entre « le moyen-âge et nous » selon l’expression lancée par Beji Caïd Essebsi lors d’un meeting. Le changement c’était maintenant. Retour au Bourguibisme, celui du verre de jus d’orange bu en direct à la télévision afin de signifier que forte chaleur et ramadan étaient trop dangereux pour la population. Pour le geste Bourguibien, on patientera. Un fait récent, dans le nec de la banlieue nord, a remis en questions le fameux passage du médiéval au futur. Une escouade policière a fait irruption dans un café du Gammarth Center, procédant à des contrôles d’identité à l’égard de tous les buveurs de caféine. Conséquence : fermeture du lieu. C’est ainsi que sous le règne de Nidaa Tounès et de son allié Ennahdha, il semble impossible de ne pas jeûner publiquement. En droite ligne des propos tenus en 2013, sous l’ère d’Ennahdha, par le ministre des Affaires religieuses. Nourredine Khadmi affirmait que « c’est un mois de jeûne qui concerne tout le peuple tunisien et l’ouverture des cafés pendant Ramadan est contraire à l’identité du peuple et à la sacralité du mois. Les cafés et restaurants doivent donc fermer. » Malgré la victoire de Nidaa Tounès, statu quo ante.

Le « bip bip » pas très discret des micro-ondes, vers 15 heures…

Alors on s’organise. On biaise. Dans les immeubles, l’électroménager trahit sans vergogne ses utilisateurs. Entendre l’onomatopée du four à travers la cloison murale a quelque chose de cocasse. Ou entrer dans les toilettes d’une entreprise et surprendre deux employées en train de manger un yaourt. Voir un médecin généraliste qui s’échine à expliquer à ses patients diabétiques qu’il est dangereux de ne pas s’alimenter durant douze heures. Et celui-ci de s’énerver : « Mais pour quelles raisons font-ils le ramadan ? Pas par convictions… » Et d’engueuler certains : « Tu crois que Dieu est stupide ? Tu crois qu’il ne sait pas que tu voles ! Que de faire le ramadan permettra d’effacer tes fautes ? » Et quid de cet athée qui jeûne dans sa boutique… Ahmed, la cinquantaine, s’amuse de ses concitoyens. Il a trouvé une astuce. « Je ferme les volets en fin de mâtinée, la nuit est déjà là… » Alors, après la campagne « Winou el pétrole ? », voici « Winou el café. » A suivre. 

© Photo : Hammamet, Benoot.com.

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