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À La Marsa, le maire démuni face aux hors-la-loi

maire marsa

Alors qu'il assurait le 13 juin sur Mosaïque FM que « la corruption administrative existe dans le traitement des décisions de démolition, d’arrêt des travaux et de saisie du matériel », le maire de La Marsa, Mohamed Riahi, fait un point sur les problèmes qu'il rencontre dans sa municipalité. Nous avons rencontré un maire exaspéré et impuissant face à l'impunité dont certains commerçants et proprétaires bénéficient aujourd'hui.

360 : Récemment, vous avez pratiqué une opération coup de poing contre les commerçants qui avaient dressé des terrasses illégalement. Quelle est la règle en matière de législation ?

Mohamed Riahi : Pour les restaurants et les cafés, seuls les deux-tiers du trottoir peuvent être consacrés à l'installation d'une terrasse, l’autre tiers restant réservé pour les piétons. Mais dans tous les cas, il faut une autorisation.

Existe-t-il beaucoup d'établissement qui exercent dans l'illégalité ?

Je vais vous donner quelques exemples… Il y a un café juste à côté du lycée français — le lycée Gustave Flaubert —, alors que le cahier des charges de la municipalité exige une distance de 200 mètres au moins entre un café et tout établissement éducatif. D'autres commerces, tels que Cosmitto ou Byblos, sont hors-la-loi, chacun pour des raisons différentes.

Pourquoi ne pas prendre des sanctions à leur encontre ?

C’est l’affaire du gouvernorat, c’est cette entité qui se charge de leurs dossiers. De notre coté, on envoie des avertissements aux personnes concernées. S’il n’y a pas de prise en compte de nos avertissements, on lance une campagne de sanctions comme celle que l'on vient de faire. Et puis, leur activité reprend comme si de rien n'était…

« La police municipale n'exécute plus les ordres de la mairie »

Mais vous avez à votre disposition la police municipale. Pourquoi ne pas agir avec elle ?

En fait, les problèmes ont commencé depuis que la police municipale n'est plus sous la juridiction de la municipalité. En faisant cela, le ministère de l’Intérieur a commis une très grosse erreur. Imaginez la situation : on donne des ordres aux agents de la police municipale, puis on attend de savoir s’ils vont les exécuter ou pas. Pourquoi ? Parce qu’ils reçoivent aussi des ordres directement du ministère de l'Intérieur. Et puis, les policiers municipaux ont maintenant plus de prérogatives qu'auparavant : les agents sont parfois recrutés pour assurer la sécurité des matches dans les stades ou pour accomplir d’autres missions normalement réservées à la police nationale, faute d’effectifs suffisant pour cette dernière. Tout cela empêche l’exécution des décisions de la mairie. A un moment donné, j'ai même été obligé de geler mes activités de maire, pour protester.

Un autre débat concerne l'immobilier. Le ministre de l'Equipement, de l'Habitat et de l'Aménagement du territoire, Mohamed Salah Arfaoui, assure que « 37 % des constructions dans les villes tunisiennes sont anarchiques. » Qu'en est-il à La Marsa ?

C'est un phénomène qui existe aussi dans notre municipalité : beaucoup de constructions à la Marsa sont soit construites sans permis de construire, soit elles n’obéissent pas au cahier des charges. 

lamarsa

Justement, rappelez-nous quel est le nombre d’étages à ne pas dépasser pour construire à la Marsa ?

La norme globale, pour la hauteur, c’est R+2 au maximum. Mais cela dépend toujours du plan d’aménagement — approuvé par décret en 2005 —, qui définit le nombre d’étages maximum pour chaque zone. 

Et est-ce que ces normes sont appliquées ?

Depuis 2011,  il y a eu beaucoup de dépassements. Juste à l’entrée de la ville, par exemple, il y a deux immeubles de trois étages qui se sont construits sans permis.

Comment vous procédez pour faire face aux responsables de constructions illégales ?

Je considère qu'il faut les séparer en deux catégories… Tout d'abord, il y a des constructions qui se font pour des raisons sociales. Il y a des familles qui n’ont pas où habiter. Elles utilisent des terrains vides pour construire de petites habitations. Avec ce genre de hors-la-loi, le bras de fer ne mène à rien. Il faut réfléchir à l'élaboration d'une stratégie sociale. Et puis, il y a ce que j'appelle les constructions mafieuses : des propriétaires qui, en toute connaissance de cause, n’obéissent plus à la loi et se sentent plus forts que les autorités, au-dessus des lois.

Est-ce vous qui avez pris la décision d'effacer les tags sur la maison Trabelsi à Gammarth supérieur ?

Non, ce genre de décision ne fait pas partie de nos prérogatives. C’est l’affaire du gouvernorat. Mais je profite d'être interrogé sur ce sujet pour vous faire part de mon inquiétude à propos de la mauvaise gestion des biens confisqués. Des biens, qui sont aujourd'hui la propriété de l’Etat, sont mis en vente alors que certaines administrations municipales ont des problèmes de locaux. Je crois que certaines personne veulent vendre ces biens avant l’exécution de la loi relative à la délocalisation, refusant l'idée que la municipalité profite de ces propriétés une fois la loi exécutée.

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